Un « tir ciblé » détruit les tumeurs des souris
Institut Weizmann 29 décembre 2003

Une nouvelle méthode capable de tuer de manière sélective les cellules cancéreuses

Des chercheurs de l’Institut Weizmann ont réussi à détruire des tumeurs malignes de souris à l’aide d’une substance qui se trouve naturellement dans l’ail. Ce succès est dû au développement d’un nouveau système en deux phases qui dirige cette substance directement vers les cellules cancéreuses. Celle-ci, l’allicine, donne à l’ail son arôme particulier, et les chercheurs savent depuis longtemps qu’elle est aussi toxique que piquante. On a montré qu’elle tue non seulement les cellules cancéreuses, mais aussi les cellules bactériennes, et même des cellules humaines saines. Heureusement pour nous, l’allicine est très instable et, une fois ingérée, elle se décompose rapidement. Cette rapide décomposition et sa toxicité généralisée sont un double obstacle à la création d’une thérapie à base d’allicine. Au département de Chimie biologique de l’Institut Weizmann, les docteurs Aharon Rabinkov, Talia Miron et Marina Mironchick, avec les professeurs David Mirelman et Meir Wilchek, ont résolu ces deux problèmes grâce à une méthode ingénieuse qui agit avec la précision d’une « bombe intelligente ». Leurs résultats sont publiés dans le numéro de décembre de la revue scientifique Molecular Cancer Therapeutics. Cette méthode reproduit la manière dont l’allicine est synthétisée naturellement. Absente des gousses d’ail entières, l’allicine est le produit d’une réaction biochimique entre deux substances qui se trouvent séparément dans les gousses l’ail, dans de minuscules compartiments adjacents. Ce sont, d’une part une enzyme, l’allinase, et de l’autre, une substance généralement inerte, l’alliine. Lorsque la gousse est endommagée, soit par des parasites du sol qui veulent manger les tissus délicats, soit pour des préparations culinaires, les membranes séparant les compartiments se déchirent, et il s’ensuit une rapide production d’allicine. Les chercheurs ont compris que, si on pouvait de cette manière produire régulièrement des doses d’allicine à l’emplacement d’une tumeur, on obtiendrait une très grande concentration de molécules toxiques capables de tuer les cellules cancéreuses. Afin de cibler avec précision la tumeur, les chercheurs comptent sur le fait que la plupart des types de cellules cancéreuses présentent des récepteurs spécifiques à leur surface. Un anticorps « programmé » pour reconnaître le récepteur caractéristique d’une tumeur est chimiquement lié à l’allinase. Injecté dans la circulation sanguine, l’anticorps identifie ces cellules et se loge avec son enzyme-passager sur les cellules cancéreuses. Les chercheurs injectent alors à intervalles réguliers le deuxième élément, l’alliine. Lorsqu’elles rencontrent l’allinase, les molécules d’alliine normalement inertes deviennent des molécules mortelles d’allicine qui pénètrent dans les cellules cancéreuses et les tuent. Grâce à ce système de ciblage précis, les cellules voisines saines ne sont pas touchées.

En utilisant cette méthode, le groupe a réussi à bloquer la croissance de tumeurs gastriques chez la souris. Les effets inhibiteurs de tumeurs ont été observés jusqu’à la fin de la période expérimentale, longtemps après que la production interne d’allicine s’est terminée. Les chercheurs pensent que cette méthode pourra être utile pour la plupart des cancers, à condition que l’anticorps spécifique puisse être « personnalisé » pour reconnaître les récepteurs correspondant aux cellules cancéreuses. Cette technique pourrait servir à empêcher les métastases conséquentes aux opérations chirurgicales. Le professeur Mirelman ajoute : « Bien que les médecins ne puissent pas détecter l’endroit où les cellules métastatiques se sont logées, le mélange anticorps-allinase-alliine devrait être en mesure de les détruire dans n’importe quel endroit du corps. »

La recherche du professeur Mirelman est financée par l’institut Y. Leon Benoziyo pour la Médecine moléculaire, M. Robert Drake (Hollande), M. et Mme Henry Meyer (Wakefield, Etats-Unis), l’institut M.D. Moross pour la Recherche sur le cancer, la défunte Claire Reich (Forest Hills, Etats-Unis). Le professeur Mirelman est titulaire de la chaire de Microbiologie et parasitologie.


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